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L’information géospatiale est devenue un moteur incontournable dans les processus de prise de décisions à l’instar des moteurs traditionnels que sont le social, l’économique et l’environnemental. C’est aujourd’hui une infrastructure qui est en train de révolutionner les modèles de prestations de services dans plusieurs domaines. Il suffit pour s’en convaincre de voir la floraison de services publics, commerciaux, ou libres qui exploitent la position géographique des phénomènes, évènements, biens et personnes, et la course folle à l’innovation suscitée par les technologies géospatiales dans tous les secteurs d’activités. Qu’on se le tienne pour dit : quand les Google, Microsoft, Apple, Nokia, TomTom et Facebook de ce monde se bousculent au portillon pour imprimer la dimension géospatiale dans la psyché collective du grand public, et quand « The BOSS Himself » (Obama et un peu avant lui Bush) met la coordination et la gouvernance de l’information géospatiale au cœur de son agenda, c’est qu’il y a une bonne raison….

C’est dire donc que l’émergence d’une conscience géospatiale mondiale suscite aujourd’hui un regain d’intérêt pour les données géospatiales à travers la planète. Cette nouvelle « sensibilité géospatiale » rencontre un écho fort dans des initiatives structurantes nationales telles que les Infrastructures de Données Géospatiales (IDG), ou internationales comme la « United Nations Spatial Data Infrastructure (UN-SDI) », la « United Nations Global Geospatial Information Management (UN-GGIM) » et l’Association « Global Spatial Data Infrastructure (GSDI) ».

Le Sénégal, à travers son Plan National de Géomatique (PNG), semble avoir saisi la balle au bond… Et son atelier de lancement des travaux de la base de données géospatiales prioritaires (pressentie pour être l’épine dorsale de l’Infrastructure sénégalaise de Données Géospatiales) qui s’est tenu à Dakar en avril dernier, confirme le désir de hisser notre pays en orbite de la géo-révolution qui est en cours.

Cependant, pour cultiver durablement et viablement les « valeurs géospatiales » chez nous, les bonnes intentions et la recherche du simple prestige technologique ne suffiront pas. Nos carences organisationnelles (structures rigides, compétences géospatiales rares, culture de rétention des données) et technologiques sont réelles certes, mais c’est surtout le déficit sensible en données géospatiales cohérentes et complètes et l’absence d’une agence nationale exclusivement dédiée à la coordination de l’information géospatiale (comme il y en a au Kenya, au Nigéria et au Gabon) qui risquent de plomber l’appropriation rapide des technologies géospatiales au Sénégal.

De fait, ce déficit est handicapant pour les ambitions d’émergence du pays. Il devra vite être résorbé si l’on veut édifier les fondations réelles d’une économie numérique viable et faire face efficacement aux défis multidimensionnels qui tourmentent notre nation (inondations urbaines récurrentes, sécheresse chronique dans le nord, érosion sur nos côtes, aménagement du territoire incohérent, urbanisation sauvage, etc.). De plus, la planification, la mise en œuvre et le suivi-évaluation des projets du PSE requièrent, pour leur efficience et efficacité, un renforcement des capacités en données géospatiales exactes, cohérentes, complètes, à jour et de grande résolution.

En clair, l’État doit dérouler une politique nationale d’acquisition régulière de données géospatiales de bonne résolution dans tout le territoire sénégalais. La mise en œuvre de cette politique devra être coordonnée par une nouvelle « Agence Spatiale » et parrainée et pérennisée par des fonds publics afin de cultiver durablement le sens de la collecte, la préservation, le traitement et la dissémination de cette ressource informationnelle essentielle. À ce titre, le groupe inter-institutionnel de concertation et de coordination en géomatique (GICC) qui pilote le PNG, aura toujours un rôle à jouer après la clôture du projet, mais il ne saurait se substituer à une « Agence Spatiale ». De même, L’ADIE et l’ANAT ne peuvent pas non plus, dans leur configuration actuelle, s’adjuger un tel rôle même collectivement, à moins de tirer la DTGC de son anonymat actuel et de l’élever au rang d’agence nationale avec pleins pouvoirs de conduire l’implantation de politiques publiques en géomatique et d’assurer l’intendance du processus de coordination de l’information géographique dans tout le pays. Quoi qu’il en soit, un financement public récurrent (au lieu de l’aide internationale précaire) est nécessaire pour asseoir une culture du « sens géospatial » et créer les conditions pour gérer adéquatement (mise à jour, maintenance et formation continue) et produire régulièrement une information géospatiale de qualité, capable de soutenir des processus décisionnels éclairés et des processus d’affaires vecteurs de l’émergence.

Pour être efficace, une telle politique devra épouser les contours de la décentralisation de l’offre de services publics chère à l’actuel gouvernement. En effet, les collectivités locales connaissant mieux leurs territoires et les ressources qu’elles renferment, seront donc plus aptes à administrer ce processus à leur niveau, sous l’égide d’une agence nationale. Qui plus est, dans le cadre des activités du PNG, les administrations territoriales sont en train d’être initiées à l’approche géographique qui les outillera pour cultiver le sens de la collecte et de l’intendance des données géosatiales.

Du reste, il faudra placer le secteur privé sénégalais au cœur de cette démarche. Ainsi, l’État pourrait promouvoir des partenariats public-privé, offrir des incitatifs fiscaux aux entreprises qui collectent et partagent leurs données, et encourager un commerce bilatéral dans lequel les acteurs privés vont acquérir des données pour les revendre. Ce scénario ferait de l’État à la fois un arbitre et un client dans un marché de données géospatiales qui encourage la consommation de l’information à référence spatiale, stimule l’innovation et la recherche, crée des opportunités d’emploi pour les géo-professionnels, accroît l’offre d’enseignement de la géomatique et accélère son adoption dans tous les secteurs d’acitivités de notre économie.

Paru également dans le quotidien national Le Soleil: http://www.calameo.com/read/000275347436ae84d87e6

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