Le MFB : un léviathan à démanteler et reconstruire…

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La publication du rapport de la Cour des comptes sur la gestion des finances publiques de 2019 à mars 2024 a révélé les dérives financières qui ont miné l’économie sénégalaise ces dernières années. Le constat est sans appel : détournements massifs, opérations douteuses, violations flagrantes des règles budgétaires et une gestion opaque ont plongé le pays dans une situation financière alarmante. Face à cette débâcle, une question s’impose : comment de telles malversations ont-elles pu perdurer aussi longtemps, et surtout, quelle est la responsabilité du Ministère des Finances et du Budget (MFB) dans ce chaos ?

En effet, l’un des éléments les plus préoccupants du rapport est l’état de la dette publique, qui atteint désormais 99,67 % du PIB. Ce seuil critique jette le Sénégal dans une précarité économique inquiétante où chaque milliard mal géré ou détourné hypothèque lourdement l’avenir des générations futures.

Dans ce contexte, la position du ministre des Finances, Cheikh Diba, ancien directeur de la programmation budgétaire sous l’ancien régime, soulève des interrogations légitimes. Comment ce ministre, issu d’un système à l’origine de cette crise, peut-il piloter les réformes nécessaires pour assainir les finances publiques ? De plus, la perception d’un conflit d’intérêts est inévitable. La question n’est pas de savoir s’il est personnellement impliqué, mais plutôt celle de la perception que renvoie son maintien à ce poste. Il ne peut être à la fois juge et partie dans cette affaire. En réalité, impliquer dans la gestion de cette crise un homme ayant été au cœur de l’appareil qui l’a engendrée envoie un message pour le moins ambigu. D’ailleurs, dans tout État soucieux de sa crédibilité, un ministre dans cette posture se récuserait pour permettre une enquête indépendante et transparente.

Cependant, au-delà de la question de la personne, ce scandale met en lumière un problème bien plus profond : le MFB lui-même. En effet, depuis des années, ce ministère se trouve au cœur de la plupart des scandales financiers et fonciers qui ont ébranlé le Sénégal. Par exemple, des affaires emblématiques comme celles de Farba Ngom, Tahirou Sarr, Mamour Diallo, Tabaski Ngom, ou encore Tahibou Ndiaye, trouvent leurs racines dans les dysfonctionnements chroniques de ce ministère et de ses puissants démembrements. Ainsi, loin d’incarner une institution de contrôle et de gestion rigoureuse, le ministère des Finances semble s’être transformé en un terrain de jeu pour des pratiques opaques et malhonnêtes, minant la confiance publique et l’économie du pays.

Pourtant, l’espoir était permis : le duo Diomaye et Sonko, forts de leur connaissance intime des rouages de cette institution, semblaient les mieux placés pour secouer et réformer en profondeur ce léviathan des finances publiques, transformé en un monstre de corruption et de gabegie. Malheureusement, la nomination d’un homme du sérail à sa tête a douché cet espoir. Difficile, en effet, d’imaginer ce dernier scier la branche sur laquelle il est assis, lui qui incarne et défend en même temps les intérêts de ses pairs énarques, comptant sur sa sensibilité corporatiste pour préserver un statu quo intolérable.

Lors de la conférence de presse tenue hier pour réagir à ce scandale, M. Diba a annoncé des « mesures fortes » de réforme des finances publiques. Cependant, si ces mesures sont nécessaires, elles restent insuffisantes. En réalité, ce n’est pas à coup de processus supplémentaires ou de mécanismes cosmétiques que la situation sera redressée, mais par une refonte totale du MFB. Une telle réforme exige une restructuration en profondeur de sa structure, de son personnel et surtout de sa culture organisationnelle, afin d’extirper les pratiques corruptrices qui y sont ancrées depuis des décennies.

En définitive, ce scandale sonne comme un signal d’alarme impossible à ignorer. Les nouvelles autorités ont désormais la responsabilité historique d’assainir cette institution et de restaurer la confiance du peuple en la gestion des finances publiques. Cette crise, aussi grave soit-elle, doit servir de catalyseur pour tourner la page sur des décennies de corruption et de mauvaise gestion, et construire un avenir où les ressources du pays serviront, enfin et pleinement, l’intérêt général.

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La transformation radicale de l’administration publique passe aussi par la culture…

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En repensant à la Conférence des administrateurs et managers publics (CAMP) du mois dernier au CICAD et à l’engagement du Premier ministre de réformer RADICALEMENT l’administration publique, un élément clé a émergé : la culture organisationnelle, cette dimension intangible qui lie les membres d’une organisation. Souvent négligée dans les réformes administratives, elle constitue pourtant le socle invisible qui façonne les comportements, les interactions et, in fine, la performance des organisations. En ce sens, la culture organisationnelle peut être un puissant levier de performance si elle est saine, ou un obstacle majeur si elle est toxique.

Cependant, dans les structures publiques au Sénégal, la culture organisationnelle reste rigide et verticale. Bien que cette hiérarchie puisse sembler nécessaire pour maintenir l’ordre, elle constitue souvent un obstacle à la collaboration et à la libre expression des idées. Prenons, à titre d’exemple, un incident survenu lors d’une réunion de coordination de haut niveau il y a quelques années : un supérieur s’est senti offensé lorsqu’un collaborateur a exprimé poliment et de manière argumentée un désaccord. Plutôt que d’encourager cet échange constructif, le collaborateur a été convoqué, rappelé à l’ordre et invité à ne plus recommencer. Cette scène, malheureusement banale, illustre un problème systémique : dans nombre de nos organismes publics, la contradiction est perçue comme une menace et non comme une occasion d’enrichir la réflexion.

Ainsi, cette peur de la contradiction instaure souvent une culture du silence où les employés préfèrent se taire plutôt que de risquer de froisser leurs supérieurs. Résultat : les initiatives se raréfient, les idées novatrices sont étouffées dans l’œuf, l’innovation stagne et le progrès est freiné. Craignant d’être blâmés ou marginalisés, les employés perdent même l’envie de proposer des solutions nouvelles. Pourtant, c’est précisément à l’intersection des idées et des opinions diverses que naissent les solutions les plus innovantes et les plus efficaces.

Le problème s’accentue particulièrement dans les hautes sphères du pouvoir, car, comme nous le savons tous, le pouvoir a tendance à attirer les « yes-men », ces individus qui préfèrent flatter l’ego de leurs supérieurs plutôt que de dire la vérité. Ces courtisans, en isolant les décideurs dans une bulle de conformisme, créent un environnement hostile à la contradiction et à la remise en question. De ce fait, les dirigeants, coupés des réalités du terrain, prennent des décisions basées sur des informations partiales et des avis complaisants. Cette dynamique pernicieuse nuit non seulement à la qualité des décisions, mais aussi à la crédibilité des institutions publiques.

Pour transformer véritablement l’administration publique sénégalaise, il faudra aussi repenser cette culture en profondeur. Cela passe par une décentralisation du pouvoir, la promotion de la collaboration horizontale et la valorisation de la contradiction constructive, un outil puissant mais souvent sous-utilisé, voire rejeté, dans nos structures publiques. Toutefois, cette transformation doit impérativement débuter au sommet. Les dirigeants doivent incarner le changement en encourageant le débat, en écoutant les opinions divergentes et en cultivant un climat de confiance où chacun se sent libre de s’exprimer. En effet, la transformation culturelle ne peut être imposée par décret ; elle doit émaner des leaders qui incarnent les valeurs qu’ils souhaitent voir se diffuser. Cela implique de reconnaître que le pouvoir ne se limite pas à donner des ordres, mais inclut également l’écoute, l’apprentissage et l’adaptation. Ainsi, nos hautes autorités doivent s’entourer de personnes capables de « dire la vérité au pouvoir », même lorsque cette vérité est inconfortable. Ce n’est qu’à cette condition que nos organismes publics pourront devenir plus agiles, plus innovants et, par conséquent, notre administration publique RADICALEMENT plus efficace.

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Un déficit de profondeur stratégique endémique

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Depuis des décennies, le Sénégal est confronté à un mal insidieux qui touche l’ensemble de ses institutions : le déficit de profondeur stratégique. Cette carence se manifeste dans tous les domaines de la gouvernance, qu’il s’agisse des politiques publiques, de la gestion administrative ou encore de l’aménagement du territoire. Si ce phénomène touche toutes les sphères de l’État, il semble se retrouver de manière récurrente et systématique, peu importe le régime en place.

Le déficit de profondeur stratégique se révèle notamment dans la gestion des politiques publiques, comme l’illustre le cas du Plan Sénégal Émergent (PSE). Si ce dernier avait pour objectif de structurer et d’orienter le développement économique du pays, il a peiné à atteindre ses objectifs à cause de l’absence d’une planification spatiale adéquate, du manque de maîtrise du foncier et des incohérences territoriales non réglées. Ce manque d’anticipation a obligé les autorités à chercher des solutions de substitution, comme la ‘’mise à disposition accélérée du foncier’’. Ce genre de panique administrative, qui survient après-coup, démontre la faiblesse stratégique de la planification, retardant ainsi l’efficacité des actions entreprises.

Les défaillances sont également visibles dans l’organisation même des structures étatiques. En effet, des missions pourtant complémentaires sont souvent éclatées entre différents ministères ou au sein du même département ministériel, créant des doublons et des conflits d’intérêt. Ainsi, des entités censées travailler en synergie fonctionnent en silo, ce qui entraîne une gestion incohérente et coûteuse. Ce manque de coordination se reflète aussi dans la multiplication d’interventions étrangères, qui souvent ne sont ni fédératrices ni intégrées dans une vision globale du développement.

De fait, le problème de fond réside dans le manque de vision globale et de stratégies holistiques pour des enjeux essentiels tels que l’aménagement du territoire, la gestion foncière et la cohérence territoriale. Si des décisions stratégiques ne sont pas prises en amont, il devient impossible de créer un cadre de développement approprié. Cela a été particulièrement visible dans l’Acte 3 de la décentralisation et d’autres initiatives où la question du découpage territorial et de la maîtrise des limites communales n’ont pas été suffisamment prises en compte avant la mise en œuvre de politiques majeures. De même, l’absence de plans d’aménagements et de schémas directeurs sectoriels est un handicap majeur pour toute politique de développement à long terme.

Par ailleurs, si la mauvaise gestion des projets et l’inefficacité des processus administratifs sont des symptômes évidents de ce déficit stratégique, il est tout aussi alarmant de constater l’absence d’une gestion (acquisition et mise à disposition) cohérente de l’information territoriale. Par exemple, le Sénégal peine à adopter une approche systématique pour la gestion de l’information géospatiale et l’élaboration d’un cadastre universel, des outils essentiels pour garantir la stabilité foncière et la planification du territoire. Le pays vit dans une forme de précipitation où les solutions apportées sont souvent fragmentaires et disjointes, comme en témoignent les milliards investis dans la lutte contre les inondations sans stratégie d’ensemble.

Cet état de fait, qui s’étend au-delà des mandats présidentiels successifs, ne se limite pas à une question de changement de pouvoir. Le défi reste le même : comment intégrer une vision stratégique à long terme et s’assurer de sa mise en œuvre effective ? C’est dans ce contexte que la Vison Sénégal 2050, récemment adopté par les nouvelles autorités, représente une lueur d’espoir. Pour la première fois, le pays semble vouloir mettre en avant un volet fondamental : l’aménagement et le développement durable des territoires, un préalable à toute intervention sur le territoire. Cette vision, bien que salutaire, doit maintenant être traduite par des actions concrètes, soutenues par des mécanismes de mise en œuvre efficaces et une véritable coordination entre les structures étatiques.

Bref, il est désormais crucial que les leçons du passé soient tirées et que le pays s’engage résolument sur la voie d’une planification stratégique véritablement intégrée. Le Sénégal ne peut plus se permettre de gérer ses politiques publiques à coup de réactions hâtives et de solutions temporaires. L’heure est à la réflexion, à l’anticipation et à la cohérence pour poser les bases d’un développement pérenne et inclusif. A ce titre, seule une gouvernance éclairée, consciente de la nécessité d’une approche systémique, permettra de sortir de ce cycle de déficit stratégique.

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Foncier versus Pétrole-Gaz…

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Revenant sur la directive présidentielle émanant du conseil des ministres du 18 juillet 2024 et relative au cadastre universel, il apparaît urgent de réévaluer notre perception du potentiel foncier en tant que levier essentiel du développement économique de notre pays.

Le diagnostic (évoqué dans mon précédent post) est clair : l’administration foncière au Sénégal souffre de maux chroniques qui entravent sa performance. Un cadastre universel, réalisé dans les règles de l’art, se présente alors comme le remède ultime. En offrant une cartographie précise de notre patrimoine foncier, il permettrait une régulation optimale, transformant la gestion de nos terres en une ressource durablement rentable, surpassant même nos nouvelles richesses fossiles (gaz et pétrole).

Alors, pourquoi focaliser toutes nos énergies sur des ressources nouvelles mais épuisables, quand le foncier, bien géré, promet des bénéfices inépuisables ? Il urge dès lors de reconnaître que la vraie richesse réside dans la gestion efficiente de notre sol, et non exclusivement dans les trésors enfouis sous terre. Depuis soixante ans (1964-2024), le Sénégal a eu l’opportunité d’optimiser son administration foncière, mais ne l’a pas fait, comme en atteste les résultats qui sont encore très loin des attentes. La carence d’un cadre propice à une gestion foncière efficace (cadastre national) a conduit à une exploitation sous-optimale de cette ressource pourtant précieuse.

De fait, une administration foncière performante offrirait non seulement un terrain propice à l’exploitation des ressources pétrolières et gazières, mais elle éviterait également les exacerbations des tensions foncières qui accompagnent souvent ces activités extractives. En effet, même dans un contexte de bonne gouvernance foncière, l’exploitation des ressources fossiles est connue pour causer des frictions. Alors, imaginez l’ampleur des conséquences dans un environnement où le foncier est mal géré !

C’est pourquoi la réalisation et la mise en œuvre d’un cadastre universel au Sénégal est plus qu’urgent. Il remettrait de l’ordre dans l’administration des terres, facilitant non seulement une redistribution équitable, mais aussi une valorisation économique accrue du foncier sénégalais. Au vrai, c’est en développant et en priorisant une infrastructure foncière performante que le Sénégal pourra véritablement s’ériger en modèle de développement durable, où la richesse inépuisable de la terre est judicieusement exploitée pour le bien de tous.

Ainsi, en regardant au-delà des horizons immédiats de nos ressources fossiles, faisons du sol sénégalais la pierre angulaire de notre prospérité économique. Encadré par un cadastre universel rigoureux, le foncier devient alors une ressource non seulement stable mais infiniment renouvelable – surpassant de loin les trésors éphémères cachés sous nos pieds.

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Gouvernance foncière au Sénégal, un trépied défaillant…

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Le Sénégal, doté d’un riche patrimoine foncier, repose sur un cadre d’administration foncière articulé autour de trois piliers principaux : juridique, institutionnel et informationnel. Cette structuration vise à optimiser la gestion des terres, un enjeu majeur pour le développement économique et social de notre pays. Pourtant, malgré cette organisation apparemment solide, le régime foncier sénégalais fait face à de multiples challenges qui entravent son efficacité.

Une base juridique solide mais insuffisante

Au cœur du dispositif, le cadre juridique/légal établit les fondations de la gestion foncière au Sénégal. Initiée par la loi sur le domaine national de 1964 et complétée par des textes subséquents comme la loi sur le domaine de l’État en 1976 et celle sur la décentralisation en 1996 (Code des collectivités locales/territoriales), cette base juridique vise à réguler les différents types de terrains. Qu’il s’agisse du domaine national, avec ses zones urbaines et rurales, du domaine de l’État, divisé entre espaces publics et privés, ou encore de la propriété privée (titres fonciers), le cadre légal a pour ambition de couvrir l’ensemble des situations foncières existantes. Cependant, en dépit de ce dispositif complet sur le papier, la pratique révèle des faiblesses et des lacunes, notamment en termes d’application et de mise à niveau des textes juridiques.

Des institutions dédiées mais

L’architecture institutionnelle mise en place pour la gestion foncière au Sénégal comprend plusieurs entités comme les Domaines, le Bureau de la conservation de la propriété et des droits fonciers, le Cadastre, la Direction de la Surveillance et du Contrôle de l’Occupation des Sols (DSCOS), ou encore la CCOD. Chacune de ces entités a pour mission de contribuer à l’organisation et à la régulation de l’espace foncier national. Pourtant, l’efficacité de ce cadre institutionnel est remise en question par des défaillances structurelles, le manque de coordination entre les différentes instances et l’absence d’un cadre stratégique fédérateur pour affronter les défis fonciers du pays.

La faiblesse du cadre informationnel

Le pilier informationnel, centré sur la maîtrise de l’espace à l’aide des données, outils et méthodes géospatiaux et informatiques, est fondamental pour une gestion foncière précise et efficace. Cependant, le manque d’investissement dans les technologies de l’information (géomatique et informatique), ainsi que dans la formation et la capacitation des acteurs, limite considérablement la capacité de ce cadre à répondre aux attentes modernes de transparence et d’efficience.

Vers une réforme nécessaire

Face à de multiples défis — pression démographique croissante, urbanisation non contrôlée, spéculation foncière prédatrice, pression sur les ressources naturelles (agro-industries, carrières, mines, etc.), planification spatiale défaillante, incohérences territoriales têtues, limites communales non maîtrisées, faibles capacités des communes, etc. — la mise en place d’un Cadastre universel apparaît comme une solution incontournable.

La directive du Président de la République lors du conseil des ministres du 18 juillet 2024, rappelant aux ministres concernés la nécessité d’engager des concertations avec les maires et les chefs de villages, souligne justement l’urgence d’accélérer la réalisation de cette initiative qui tarde à se concrétiser. Le Cadastre universel ne doit pas être vu uniquement comme un outil technique de gestion des terres, mais comme la pierre angulaire de toute réforme foncière au Sénégal. Il s’agit de la clé qui permettra de résoudre de manière cohérente les nombreuses problématiques connexes évoquées lors du conseil des ministres, telles que la facilitation de l’accès aux logements sociaux et la sécurisation des droits fonciers.

Pour que cette réforme porte ses fruits, elle doit s’attaquer simultanément aux trois piliers de l’administration foncière : le cadre juridique doit être modernisé pour permettre l’intégration des nouvelles réalités socio-économiques du pays ; les institutions doivent être réorganisées et renforcées pour garantir une mise en œuvre efficace du Cadastre universel ; et enfin, le cadre informationnel doit être renforcé et modernisé pour assurer une gestion transparente et efficiente des données foncières.

L’accélération de la réalisation du Cadastre universel, en concertation avec les acteurs locaux, est donc non seulement une réponse aux défis fonciers actuels, mais aussi un levier essentiel pour la mise en place de politiques publiques efficaces dans les domaines du logement, de l’urbanisme et de la gestion des ressources naturelles. Seule une approche globale, intégrant ces trois dimensions, permettra de transformer ce trépied défaillant en un système solide qui permettra au Sénégal de mitiger la crise foncière permanente que nous vivons, et in fine de surmonter les obstacles qui freinent l’efficacité de sa gestion foncière et d’exploiter pleinement son potentiel foncier pour son développement…durable.

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Train de vie de l’Etat…

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La question de la gestion des structures publiques est sur toutes les lèvres et anime les débats publics, depuis la publication des rapports d’audit des corps de contrôle de l’État (OFNAC, Cours des Comptes, IGE, etc.). Cependant, un aspect moins évoqué mais tout aussi crucial, mérite une attention particulière : pourquoi la politique est-elle si attractive au point de se transformer en un véritable métier pour de nombreux Sénégalais ? Derrière cette interrogation se cache une réalité préoccupante : l’administration, à travers les postes de nomination politique, est perçue comme un eldorado, un pôle d’attraction majeur, bien plus séduisant que le secteur privé. Cela soulève une réflexion profonde sur les motivations qui poussent tant de gens à aspirer à des carrières politiques, prêts à tout pour obtenir des postes dignes d’envie.

De fait, la lucrativité des postes de nomination politique, avec leurs nombreux avantages tels que les voitures de fonction, le carburant offert, diverses indemnités, etc., rend l’administration publique particulièrement attractive. Par exemple, un célèbre candidat à l’élection présidentielle passée, qui a déclaré lors de sa campagne avoir quitté un poste lucratif aux ICS pour se former à l’ENA, soulève des questions sur les véritables motivations derrière un tel choix. Son statut de fonctionnaire milliardaire aujourd’hui interroge sur les réelles incitations à servir le public.

De même, la révélation récente par un ancien directeur du cadastre, de l’état de richesse indécent, commun à lui et à ses prédécesseurs, ainsi que les allusions à la corruption et aux arrangements fonciers et financiers au sein de la DGID, mettent en lumière les problématiques profondes de l’administration sénégalaise. Pareillement, la détention de biens immobiliers dans des zones privilégiées, par des figures politiques de haut rang, soulève encore la question de l’équité et de la possibilité pour les autres citoyens d’accéder à de telles opportunités.

Au finish, il faudra s’attaquer à l’attrait excessif des postes de nomination politique, en éliminant les nombreux avantages indus. Le nouveau régime du président Faye a pris l’engagement de réduire le train de vie insoutenable de l’État, lors du conseil des ministres du 2 mai 2024. Mais tant que l’administration demeurera un moyen absolu de prospérité, les abus et les pratiques douteuses perdureront, compromettant l’intégrité de la fonction publique sénégalaise. La nécessité de repenser la structure des incitations au sein de l’administration est ainsi impérative pour rétablir une certaine éthique politique et encourager une gouvernance saine et dédiée à l’intérêt public, loin des ambitions personnelles qui semblent parfois primer sur le service à la nation.

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Réinventer l’administration sénégalaise

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En matière de gouvernance administrative, une vérité demeure immuable : le recours à de vieilles méthodes pour gérer de nouvelles réalités est loin d’être une garantie de succès, surtout dans un contexte marqué par le numérique, la mondialisation, et la digitalisation.

À cet égard, l’histoire de l’administration publique sénégalaise offre un cas d’étude fascinant. Elle traduit les évolutions et les remaniements successifs effectués par ses dirigeants, chacun apportant sa pierre à l’édifice, avec des résultats variés. Des figures illustres comme les anciens présidents, Abdoulaye Wade et son successeur, Macky Sall, ont abordé la réforme administrative avec des philosophies distinctes, mais un dénominateur commun : une transformation insuffisante et souvent inefficace.

Sous la gouvernance de Wade, l’administration héritée de Léopold Sédar Senghor et de Abdou Diouf a été significativement déconstruite. Cependant, cette déconstruction n’a pas été suivie d’une modernisation tangible ; elle a plutôt laissé un vide derrière, une absence de fondations solides sur lesquelles bâtir une nouvelle structure administrative adaptée aux défis contemporains. Macky Sall, malgré ses promesses de rénovation et ses slogans engageants, a simplement emboîté le pas à son prédécesseur, aggravant un système déjà fragilisé.

Ainsi, l’administration sénégalaise se retrouve aujourd’hui segmentée en différents paliers, créant non seulement une hiérarchie complexe et inefficace, mais également exacerbant les inégalités, notamment en termes de traitement salarial. Du sommet, incarné par la super structure de la présidence de la république, à la base, représentée par les ministères sectoriels où l’efficacité et l’efficience restent des défis majeurs.

Entre le sommet et la base, les agences et autres sociétés nationales, bien qu’ayant pour mission d’accélérer le rythme d’exécution des politiques publiques avec une gestion autonome, n’ont pas pour autant démontré une réelle performance, car minées par des abus répétés. Quant aux ministères clés tels que ceux des Finances, de l’Économie et des Affaires étrangères, ils semblent opérer dans un univers parallèle, bénéficiant de privilèges (fonds communs) qui alimentent des disparités croissantes.

En définitive, l’un des défis majeurs du nouveau régime est de réinventer l’administration sénégalaise afin de la rendre agile, performante, soutenue par un capital humain compétent et valorisé, et capable de répondre efficacement aux attentes des Sénégalais dans l’ère du tout numérique et de la mondialisation à outrance. Cela nécessite une analyse profonde et sans concession de son fonctionnement actuel, une volonté ferme de digitaliser et de simplifier les processus, le rétablissement de l’équité salariale, une lutte acharnée contre la corruption et la gabegie, ainsi que la rétention et la valorisation des talents, tout en s’inspirant des meilleures pratiques à l’échelle mondiale.

Un MNT de 2 m sur l’étendue du Sénégal : Un accès libre à cette donnée capitale s’impose…

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Lors de la cérémonie officielle marquant l’installation du nouveau ministre de l’Hydraulique, M. Cheikh Tidiane Dièye, son prédécesseur, M. Serigne Mbaye Thiam, a mis en avant les succès obtenus durant son mandat, notamment dans le domaine des infrastructures géospatiales. Il a particulièrement souligné les avancées du Programme de Gestion Intégrée des Inondations au Sénégal (PGIIS), mettant en avant le Modèle Numérique de Terrain (MNT) de 2 m (résolution native) dérivé de l’imagerie satellite de Maxar Technologies (anciennement Digital Globe) et couvrant l’ensemble du pays, ainsi que des modèles plus détaillés de ‘’50 cm’’ de résolution obtenus par imagerie aérienne sur sept sites pilotes totalisant 10 000 km². Je conviens avec lui que ces différents MNT, par leur résolution, leur précision et leur étendue, sont essentiels dans la lutte contre les inondations qui menacent un Sénégal au relief principalement plat.

Cependant, malgré l’enthousiasme de l’ancien ministre ce jour-là, ses déclarations comportent des inexactitudes : la résolution des MNT sur les zones pilotes est en réalité de 1 m et non de 50 cm comme annoncé. De plus, il a omis une information cruciale d’intérêt public concernant le MNT de 2 m à couverture nationale, soumis à une licence exclusive du Ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement (MHA) et de ses démembrements. Cette exclusivité restreint l’accès à cette donnée géospatiale structurante d’importance nationale, pouvant bénéficier à divers secteurs au-delà de l’eau uniquement. Malheureusement, cette limitation empêche toute exploitation de cette donnée vitale par d’autres entités/secteurs sous peine de violation du contrat avec Vricon (une filiale de Maxar (USA)) qui l’a produite.

Cette situation est préjudiciable pour le Sénégal, et il revient désormais au nouveau ministre, M. Dièye, de corriger cette anomalie pour permettre une utilisation plus étendue de cette donnée cruciale pour la planification et le dimensionnement de plusieurs interventions sur le territoire. S’il est prouvé, comme le soutient M. Thiam, qu’elle répond aux normes élevées de qualité attendues, tout devra être fait pour que cette infrastructure vitale soit accessible à l’ensemble des secteurs d’activité du pays, plutôt que d’être circonscrite au seul MHA.

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Pape Alé Niang à la RTS : récompense politique ou reconnaissance journalistique ?

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La nomination de Pape Alé Niang à la tête de la Radiodiffusion Télévision Sénégalaise (RTS) suscite encore de vifs débats, illustrant parfaitement les clivages politiques actuels. D’un côté, ses supporteurs affirment que c’est une récompense bien méritée pour ses sacrifices pour dénoncer les exactions de l’ancien régime et en faveur du PASTEF et de Ousmane Sonko, voyant dans cette nomination une revanche sur ceux qui l’ont persécuté. De l’autre côté, ses critiques arguent qu’il lui manque les qualifications nécessaires, telles que le parchemin du CESTI, et qu’il n’a pas l’envergure ni la prestance attendues pour un poste de directeur général d’une institution médiatique de premier plan. Certains dans ce dernier groupe, n’hésitent pas dans les réseaux sociaux et autres blogs, à lui coller des étiquettes peu flatteurs.

Personnellement, je considère que ce clivage exacerbé entre les deux camps est dépourvu de tout mérite et ne vaut pas la peine qu’on s’y attarde davantage. Ce qui me préoccupe réellement dans cette affaire, c’est la perception que cette nomination donne l’impression d’une récompense politique plutôt qu’une véritable reconnaissance du talent journalistique de Pape Alé Niang, connu pour sa verve, son courage et son acuité dans le journalisme d’investigation. Une telle nomination semble envoyer un message problématique aux acteurs de la presse et aux jeunes journalistes en formation : au lieu d’encourager la qualité journalistique par des distinctions honorifiques, similaires au Pulitzer aux États-Unis, on fait dans la récompense politique.

Dans une vraie démocratie, la presse est considérée comme le quatrième pilier, essentiel pour maintenir l’équilibre et le contrôle sur les trois autres branches du pouvoir. En récompensant politiquement des figures telles que Pape Alé Niang (tout comme Latif Coulibaly et Jules Diop dans l’ancien régime), ne risque-t-on pas d’envoyer le message que la réussite dans le journalisme passe plus par l’allégeance politique que par le mérite professionnel ? Cela n’affaiblit-il pas le rôle de la presse en tant que contre-pouvoir indépendant et essentiel dans la démocratie ?

Devant une telle situation, il est essentiel de rappeler l’importance de valoriser et de récompenser le journalisme d’investigation pour son rôle vital dans le renforcement de la démocratie. Si des journalistes comme Pape Alé Niang sont nécessaires dans une démocratie, leur reconnaissance ne devrait-elle pas venir de leur apport au journalisme plutôt que de leur proximité avec le pouvoir politique ?

Entre le marteau de la promesse électorale et l’enclume de la réalité du pouvoir

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La récente vague de nominations de hauts cadres de l’administration a suscité une multitude de réactions. En effet, l’engagement pré-électoral du président Diomaye de passer par l’appel à candidatures pour « …certains emplois de la haute fonction publique… » a été interprété de diverses manières, exacerbant la division entre ses partisans et ses détracteurs. D’un côté, les premiers louent la subtilité de cet engagement (« …certains emplois… ») qui aurait justifié les choix du 24 avril, de l’autre, les seconds lancent un cri d’alarme, percevant ces actions comme un reniement d’une promesse électorale parmi les plus séduisantes du PROJET.

Ce clivage reflète la complexité des attentes placées sur le nouveau régime, qui doit jongler entre transparence et efficacité promises, et le respect scrupuleux de ses engagements pré-électoraux. Le débat sur les réseaux sociaux, les radios et les télévisions s’est enflammé autour de la notion même de « …certains emplois… », laissant place à une zone grise quant à la portée réelle de cet engagement. Qu’on se le dise, les nominations stratégiques du 24 avril dernier révèlent une apparente incohérence avec la promesse d’un processus de nomination ouvert et compétitif.

Naturellement, cette première salve de nominations a été notablement contrastée par l’accueil positif du nouveau gouvernement, où l’adéquation entre les compétences des ministres nommés et les postes attribués a été largement saluée. Cependant, le même principe de correspondance entre le profil de carrière et le poste ne semble pas avoir été appliqué avec la même rigueur pour les 17 hauts cadres récemment nommés. Ce manque de cohérence entre les deux décisions soumet le nouveau régime au scepticisme, alimentant la réflexion sur la définition exacte des « …certains emplois… » mentionnés.

Toutefois, il est peut-être prématuré de tirer des conclusions définitives. La saga des nominations invite à la prudence, offrant au président le bénéfice du doute. Après tout, sa présidence n’en est qu’à ses débuts et il est encore possible que ces premières manœuvres soient des ajustements plutôt que des symptômes d’une orientation problématique de sa gouvernance. Mais elles posent inévitablement la question de la transparence dans la gestion des nominations stratégiques. Seul le temps dira si cette première vague est simplement un faux pas initial ou le présage d’une tendance de gouvernance sans rupture.

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Fusion : Pétrole et Mines?

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Les nouvelles autorités sénégalaises ont récemment fusionné le ministère des Énergies et du Pétrole (MEP) avec celui des Mines et de la Géologie (MMG), dans une démarche qui semble viser à une meilleure coordination et à une synergie accrue entre ces deux mamelles du secteur extractif.

Cette consolidation, en apparence logique et cohérente, peut être perçue comme visant à renforcer les fondements du secteur extractif dans son ensemble. Cependant, elle ne manque pas d’interroger sur l’équilibre interne du nouveau ministère, désormais géant en termes de missions et d’enjeux, mais aussi en termes d’attentes et de défis.

Justement, cette nouvelle envergure, et l’absence d’un appoint ministériel spécifique pour le volet des mines et de la géologie tel qu’un secrétaire d’État, suscite des craintes quant à la possibilité que ce sous-secteur du secteur extractif ne bénéficie pas de l’attention requise, les énergies fossiles continuant de dominer l’agenda ministériel. Autrement dit, la nouvelle configuration laisse craindre que le secteur des mines et de la géologie ne soit négligé, malgré son potentiel hautement stratégique pour notre pays aujourd’hui.

Les dés étant déjà pipés, nous pouvons toutefois espérer qu’une restructuration minutieuse accompagnée de l’appui d’un « super » secrétaire général et soutenu par des directeurs généraux compétents, permettra de concrétiser les ambitions de cette fusion.

Il reste à voir comment cet agrafage sera mis en œuvre dans le détail, et si les structures de gestion mises en place seront à la hauteur des défis et des attentes.

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Equité salariale dans l’administration

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En parcourant le programme du candidat Bassirou Diomaye Faye durant la campagne électorale, une mesure phare mise en avant (et évoquée dans le conseil des ministres d’hier, 24/04/2024) avait captivé mon attention : le rétablissement de l’équité salariale au sein de l’administration sénégalaise. Cette initiative louable vise à rétablir une justice salariale pour optimiser la performance administrative et réduire les inégalités flagrantes qui gangrènent le système actuel.

Pour concrétiser cet engagement, nous pensons que plusieurs actions structurantes doivent être entreprises. D’abord, revoir les salaires excessifs de certains hauts cadres, notamment les Directeurs généraux, dont les rémunérations sont souvent indécentes. Dans la même foulée, la suppression des fonds communs s’avère également incontournable pour instaurer une réelle politique d’équité. Parallèlement, il faudra nécessairement relever de manière raisonnable les salaires de l’ensemble des employés de l’administration.

Ces mesures, bien que cruciales, ne suffisent pas à garantir une administration efficace et performante. La lutte contre la corruption, la réforme en profondeur des processus, l’exploitation judicieuse des niches fiscales, et la lutte contre le gaspillage financier et les détournements, sont parmi les préalables indispensables.

Au-delà des aspects salariaux et structurels, la question d’une administration à plusieurs vitesses, caractérisée par une hiérarchisation implicite, devra être abordée : (1) la superstructure de la présidence de la république, (2) les agences d’exécution et autres sociétés nationales, et (3) les ministères sectoriels et leurs démembrements. Cette segmentation dont l’intention était louable, engendre aujourd’hui des disparités de traitement préjudiciables, favorisant la démobilisation et la contre-performance, tout en alimentant la corruption et la malversation.

Cependant, garder à l’esprit que le facteur humain est la clé de voûte de toute réforme réussie. Seule une approche centrée sur l’humain, offrant à chaque employé de l’administration une motivation financière adéquate et des perspectives de carrière attrayantes, permettra d’atteindre un niveau d’efficacité optimal. Placer l’homme au cœur de la réforme est donc indispensable pour transformer l’administration sénégalaise en un pôle d’attraction pour les talents, à l’image des administrations publiques occidentales renommées pour leur efficacité.

In fine, l’enjeu est clair : repenser l’administration sénégalaise en termes d’équité, de mérite et d’attractivité pour en faire un modèle de gouvernance efficace et équitable, capable de retenir les compétences et d’attirer les talents les plus prometteurs.

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Conseil des ministres du 17 avril 2024: Création du BIPE et du BSEPP

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La décision prise lors du conseil des ministres du 17 avril 2024, visant à établir le Bureau d’Intelligence et de Prospective Économique (BIPE) ainsi que le Bureau de Suivi-Évaluation des Projets et Programmes (BSEPP) au sein de la Présidence de la République, soulève diverses interrogations quant à sa cohérence institutionnelle et opérationnelle au sein de l’appareil d’État. Cette mesure semble engendrer un paradoxe organisationnel à plusieurs niveaux.

En effet, la communication officielle indique que ces nouvelles entités devront fonctionner en harmonie avec les ‘’dispositifs institutionnels relevant des prérogatives du Premier Ministre’’. Cependant, ces bureaux sont implantés au sein de la Présidence de la République, soulevant ainsi la question d’une apparente contradiction dans leur positionnement institutionnel. Historiquement, la Primature est le moteur de l’action gouvernementale, chargée de mettre en œuvre les politiques et de coordonner les programmes publics, ce qui semblerait en faire l’endroit naturel pour des bureaux tels que le BIPE et le BSEPP.

Par ailleurs, l’implantation du BIPE et du BSEPP semble entraîner une redondance fonctionnelle avec des bureaux déjà existants et ayant des missions similaires, tels que le Bureau de Prospective Économique (BPE) rattaché à la Primature sous la houlette de Moubarack LO, et le Bureau Opérationnel de Suivi (BOS) situé à la Présidence de la République. Cependant, aucune information n’a été communiquée sur le devenir du BPE et du BOS…

Quant à la création d’un Bureau des Affaires religieuses au sein de la présidence, cette décision soulève des questionnements quant à la logique sous-jacente à la dispersion de ces prérogatives qui étaient traditionnellement centralisées au sein du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité Publique (MISP), les éloignant ainsi de leur cadre habituel de traitement au sein de cette institution, ou à tout le moins les fragmentant. Autrement dit, cette mesure interroge sur sa cohérence avec les compétences déjà gérées au MISP et sur la nécessité d’une telle structure à ce niveau de gouvernance.

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Entre rupture et continuité…

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Le Sénégal est en pleine effervescence du changement, promettant une ère de gouvernance axée sur la performance, la transparence et la rupture avec les pratiques passées. Cependant, cette quête de transformation soulève une interrogation essentielle : allons-nous être témoins d’une véritable rupture ou simplement d’un changement cosmétique?

Dès le premier conseil des ministres, étape inaugurale de cette nouvelle orientation, le ton a été donné pour, entre autres, l’audit des programmes, des projets et des ressources humaines au sein des ministères et autres structures nationales. Pourtant, un aspect crucial semble avoir été omis : l’évaluation des missions de ces entités, un élément clé pour sonder la profondeur réelle de l’audit annoncé. Puisque pour procéder à une réelle restructuration, une analyse minutieuse des missions attribuées aux divers organes de l’État est nécessaire.

Au reste, malgré l’annonce de rupture radicale, des signes de continuité sont pour le moment perceptibles dans des détails certes symboliques, mais tout de même révélateurs de la persistance du passé. La traditionnelle « photo de famille » pour le nouveau gouvernement, la forme habituelle du conseil des ministres, la terminologie conventionnelle dans les communiqués officiels, ou encore les visites rituelles des cités religieuses de Touba et de Tivaouane, renforcent cette impression de fixité, pour ne pas dire continuité…

Ce sentiment de déjà-vu contraste avec les débuts empreints de sobriété et de simplicité lors de l’arrivée du nouveau président. En effet, la prestation de serment au CICAD de Diamniadio, le retour sans ostentation au palais présidentiel, la cérémonie de levée des couleurs pour marquer la fête de l’indépendance, et la nomination d’un gouvernement sans considérations partisanes, avaient suscité un espoir renouvelé. Ces premiers pas semblaient présager un véritable changement, loin des pratiques antérieures et des formalités traditionnelles. Tout ça pour dire, que pour que la rupture annoncée ne soit pas qu’une simple rhétorique, elle doit être incarnée tant dans le fond que dans la forme.

Cela dit, il ne suffit pas de changer les discours ou l’apparence des cérémonies officielles, de réévaluer les politiques et les ressources humaines, ou de modifier les référentiels. La rupture exige une réforme en profondeur des structures, des processus et surtout, des mentalités. Cela implique de revoir les missions, de rationaliser les opérations, et d’instaurer une culture de performance et de responsabilité authentique. Car une transformation significative de la gouvernance et des méthodes de travail nécessite une remise en question des pratiques établies, un renouvellement des symboles et une communication reflétant cette ambition de changement. Sinon le risque est réel de ne voir qu’une simple redistribution des rôles au sein d’un système inchangé.

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Idrissa Seck : une fin de carrière politique amère pour un ancien espoir politique

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Avec la victoire éclatante de Bassirou Diomaye Faye et de ses « co-patriotes » du PASTEF dès le premier tour de l’élection présidentielle du 24 mars 2024 dernier, le paysage politique sénégalais a été bouleversé de manière spectaculaire. Cette victoire sans appel a relégué le reste de l’opposition à l’insignifiance, plongeant des personnalités politiques telles qu’Idrissa Seck dans une position délicate et humiliante, surtout pour quelqu’un qui avait terminé deuxième lors de la présidentielle de 2019.

De fait, les récents événements, incluant le report de l’élection présidentielle de février 2024, le dialogue national controversé et les tensions politiques incessants, ont mis en lumière l’attitude peu honorable d’Idrissa Seck. Son mutisme face à ces événements majeurs qui ont secoué le pays, a soulevé des interrogations quant à sa capacité à diriger et à inspirer les sénégalais. Et en tant que « Chef de l’opposition », son incapacité manifeste à saisir les opportunités stratégiques et à mobiliser ses partisans, a renforcé le sentiment de déconnexion avec le peuple sénégalais et la nouvelle vague de l’opposition symbolisée par le PASTEF et d’autres nouveaux venus.

In fine, malgré son intelligence et son énorme potentiel politique, Idrissa Seck a échoué à répondre aux attentes des Sénégalais et à s’affirmer en tant que leader inspirant. Ses alliances politiques changeantes (avec Wade d’abord puis avec Macky) et ses manœuvres maladroites, ont sapé sa crédibilité et terni à jamais son image en tant que figure clé de l’avenir politique du Sénégal. Son silence face aux enjeux critiques de la démocratie sénégalaise a non seulement contribué à le discréditer, mais a également compromis son héritage politique et sa place dans l’Histoire. Bref, le comportement d’Idrissa Seck ces dernières années, révèle un décalage tragique avec les attentes de nos concitoyens, laissant un goût amer de désillusion et d’opportunités manquées dans son sillage.

RIP! Politically Speaking, that is.