La réforme en cours de l’éducation au Sénégal doit refléter une volonté réelle de nos autorités de renouveler l’École sénégalaise pour la rendre plus performante et plus compétitive, ceci en faisant la part belle aux sciences, aux technologies, à l’ingénierie et aux mathématiques (STIM), y compris les sciences et technologies de l’information géographique (STIG). En effet, dans la marche vers l’émergence, l’apport fondamental de cette nouvelle catégorie d’information ne peut pas et ne doit pas être occulté. Au contraire, il a été démontré maintes fois que la voie vers le développement passe nécessairement par la maîtrise de la dimension spatiale dans toutes ses déclinaisons : production, gestion et dissémination des données à caractère spatial, cartographie complète et détaillée du territoire et valorisation de l’information géographique dans une panoplie d’applications dont l’aménagement, le développement et de la gestion du territoire, la santé, etc.

Sous ce rapport, les formations ad hoc liées aux besoins spécifiques de projets, les ateliers de formation circonstanciels, les stages et autres séminaires où l’on assène généralement aux apprenants quelques rudiments communs d’un logiciel de système d’information géographique (SIG), avant de leur délivrer un « permis de conduire » (attestation) pour ce logiciel , ne produiront pas les géoexperts et la géoworkforce dont ce pays a besoin pour développer et maintenir une géoinfrastructure nationale capable de révolutionner nos processus décisionnels et d’affaires et nos modèles de prestations de services. Car il s’agit là d’une « informel-isation » de l’enseignement des STIG qui, au lieu d’aider à organiser et structurer ce secteur stratégique, fait plutôt prospérer un écosystème de pseudo-formations portées par des géocharlatans avides de prestige technologique et, par-dessus tout, prompts à surfer sur le caractère « sexy » des géotechnologies, sur fond de contrats de prestation, et/ou à la recherche d’une légitimité par les « pairs »….

Face à cette situation, l’État doit intervenir pour : a) proposer une offre d’enseignement à la hauteur des besoins et attentes du secteur, et b) créer un cadre global qui catalyse l’émergence d’un marché et d’une culture de la géoinformation, porté par une vision à long terme.…

  • Et en l’espèce, le long terme, c’est évidemment l’élaboration de curricula académiques adossés à des centres et unités de formation et de recherche (UFR) ainsi que le développement d’un modèle de compétences en géomatique par la fonction publique, en articulation avec la vision d’émergence du pays…
  • Le long terme, c’est ainsi l’offre de formations diplômantes sur toute la chaîne de valeur de l’information géographique, depuis l’acquisition multiforme des données jusqu’à leur diffusion, en passant par leur gestion.
  • Le long terme, c’est aussi l’intégration de la géomatique dans plusieurs curricula universitaires (sciences environnementales, économiques, sociales, etc.) et l’initiation des jeunes apprenants à la programmation informatique à partir du cycle secondaire.
  • Le long terme, c’est surtout la prise en compte dans la réforme en cours de l’éducation au Sénégal, de la montée en puissance des technologies géospatiales dans les activités humaines d’aujourd’hui et l’émergence rapide d’une société basée sur l’information géographique.

En effet, le développement fulgurant des média à contenu géospatial, va exiger de plus en plus à nos professionnels et citoyens, de renforcer leurs aptitudes spatiales pour pouvoir s’informer, contribuer utilement et participer activement à la marche de notre pays. Dès lors, un changement de paradigme s’impose aujourd’hui plus qu’hier dans notre système éducatif afin de permettre aux nouveaux apprenants d’affûter leur « sens de l’espace » et de préparer ainsi les sénégalais de demain, non seulement à interagir avec leur environnement et à communiquer facilement à l’aide des cartes, mais aussi à s’exprimer et à échanger des idées et contenus empreints de perspective géographique.

À cet effet, il convient en premier lieu, de repenser l’enseignement de la géographie à partir du cycle secondaire qui est une étape charnière pour éveiller la « conscience géospatiale » de nos jeune (hyper-connectés) avec des outils dont l’interactivité saura vite stimuler leur intérêt et captiver leur attention, voire aider à orienter très tôt leurs choix de carrière. Exposer ainsi nos enfants très tôt aux avantages de la cartographie comme forme d’expression, c’est en réalité leur apprendre à s’orienter dans leur milieu tout en les amenant à être plus conscients de ce qui les entoure et à y porter un regard critique.

Au reste, ce n’est pas seulement l’enseignement de la géographie qui a besoin de se métamorphoser, plusieurs autres disciplines seraient également mieux enseignées en tenant compte de la dimension spatiale qui leur est souvent intrinsèque.

Quoi d’autre, les habiletés pour explorer et analyser les monceaux de données et d’informations qui nous submergent sont très en demande en ce moment. Les STIG aideront encore mieux à développer ces habiletés chez nos jeunes tout en stimulant leur créativité à travers l’interaction, la simulation, l’analyse visuelle et la cartographie. Les technologies géospatiales sont de ce fait un moyen formidable pour aider à développer chez eux le sens critique et leur apprendre à résoudre des problèmes réels, de manière visuelle et interactive, sur fond de cartes dynamiques et désormais portables (grâce à la ferveur du mobile).

En clair, essayons de rendre l’École sénégalaise plus attrayante en y injectant de nouveaux ingrédients (les STIG) susceptibles de motiver davantage les apprenants et de stimuler leur créativité tout en développant chez eux plus de sens critique et de capacité de résolution de problèmes. Voilà qui les préparera mieux à affronter sereinement leurs défis personnels et ceux de la nation demain.

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