INTRODUCTION

 

«Géospatial» n’est pas le vocable qui nous vient à l’esprit lorsqu’on entend évoquer les systèmes d’information organisationnels (SIO). En effet, traditionnellement dans les organisations, l’accent des SIO a porté sur des contextes administratifs et d’affaires, tandis que les systèmes d’information géographiques (SIG) étaient relégués à une fonction plutôt cartographique. Cette dichotomie n’a pas empêché les deux systèmes de souvent coexister à l’intérieur d’une même infrastructure de technologies disparates qui caractérisent encore aujourd’hui l’environnement de la plupart de nos organisations. Les SIO et les SIG ont longtemps évolué en parallèle dans le même univers technologique du fait du caractère plus élaboré de l’information associée aux seconds qui exigent de prendre en compte des concepts complexes tels que les coordonnées géographiques, la géométrie et les relations spatiales.

 

Mais le foisonnement récent de nouvelles possibilités de collecte d’informations a créé les conditions idoines pour une réconciliation entre les deux concepts. Assurément, ces techniques de collecte ont permis aux organisations de recueillir des quantités phénoménales de données qui ont engendré de nouvelles exigences pressantes pour leur stockage, analyse, modélisation et traitement. C’est dans ce contexte de pressions du marché qu’un rapprochement graduel s’est amorcé entre les deux technologies, ceci pour permettre aux SIO de s’étendre et de supporter les attributs et fonctionnalités complexes associées à l’information géographique.

 

CONVERGENCE DES SIG ET DES SIO

 

La convergence des nouvelles technologies de l’information et de la communication a forcé plusieurs organisations à repenser leurs modèles et stratégies d’affaires pour les rendre plus compétitifs afin d’en tirer des avantages.

 

Ce nouveau contexte d’affaires très concurrentiel et volatile a amené les gestionnaires et décideurs de diverses organisations à comprendre qu’une mise en contexte spatiale de leurs activités les aiderait à transformer fondamentalement leurs façons de faire puisque cela permettrait par exemple de mieux saisir les dimensions de l’organisation et de rationnaliser ses processus. En effet, le contexte géographique est essentiel dans le monde des affaires, l’espace étant une dimension fondamentale dans presque toutes les formes de transactions.

 

C’est ainsi que la plupart des entités commerciales enregistrent au minimum les adresses de leurs clients et conservent des données relatives à la localisation de leurs territoires de vente ainsi que les actifs physiques dont elles disposent. De façon similaire, dans l’industrie de la sécurité publique il ne suffit pas simplement d’enregistrer un appel d’urgence, il faut aussi localiser avec précision le lieu de l’incident, le visualiser sur une carte et extraire les paramètres appropriés ainsi que la voie la plus rapide pour s’y rendre et y déployer une logistique de secours à temps.

 

La vérité est qu’aujourd’hui il est difficile de recenser un seul secteur industriel qui n’a pas besoin d’information spatiale. De l’industrie des assurances (évaluation de risques naturels) en passant par la vente au détail (choix de sites commerciaux en rapport avec des variables démographiques), la livraison de produits (système de suivi de colis), les télécommunications (emplacement d’infrastructures) et les services de géomarketing (marketing stratégique, marketing direct, le commerce et la distribution), les avantages semblent inépuisables. Cela fait en sorte que le paradigme traditionnel du «qui», «quoi», «comment» et «pourquoi» des affaires ne suffit plus et les organisations doivent désormais impérativement lui adjoindre le «où» s’ils veulent garder une certaine compétitivité.

 

En clair, c’est ce qui explique que plusieurs organisations commerciales ont entrepris d’articuler les SIG dans les concepts généraux d’intégration de leurs systèmes d’information. D’ailleurs, de nombreux systèmes informatiques conçus pour l’intelligence d’affaires ont déjà été mis à niveau avec des modules géospatiaux. C’est le cas d’Oracle qui est parmi les premières compagnies à intégrer des fonctionnalités géospatiales dans les systèmes de gestion de bases de données relationnelles (SGBDR) tel qu’en attestent ses produits Locator et Spatial. Pareillement, Microsoft a fait un saut remarquable dans ce marché qui s’annonce très lucratif en publiant une version de SQL Server (Katmai) intégrant plusieurs fonctionnalités spatiales présentes dans des logiciels de SIG standards tels qu’ArcGIS (Esri), MapInfo (Pitney Bowes) et Geomedia d’Intergraph (Hexagon). Mais c’est Oracle qui a eu le dernier mot pour l’instant, car sa dernière version (Oracle 11g) est une véritable plateforme géospatiale autonome contenant une variété de solutions spatiales de haut niveau. À côté de ces deux colosses de l’industrie des SIO, il faudra désormais compter avec des systèmes d’information libres tels que PostGreSQL/PostGIS et MySQL qui ont également été gagnés par la fièvre géospatiale.

 

Comme on le voit, la nouvelle révolution géospatiale poursuit sa progression fulgurante à différents niveaux des organisations. L’industrie géospatiale œuvre en ce moment même avec des entreprises spécialisées dans les applications d’entreprise pour intégrer harmonieusement les SIG dans les infrastructures de TI existantes. Ainsi, plusieurs systèmes d’entreprise commencent à déployer des fonctionnalités géospatiales dans leurs nouvelles livraisons. Par exemple, la plateforme géospatiale de la compagnie GDSK est capable de s’intégrer aussi bien avec des outils de planification de ressources tels que SAP, qu’avec des systèmes de gestion de la relation client. FARALLON Geographics oeuvre également au rapprochement des SIG avec des systèmes centrés sur la “Gestion de documents électroniques”, la “Gestion de relations clients” et la “Planification de ressources de l’entreprise”.

 

Du côté de l’industrie géomatique pure, le chef de file du marché (ESRI) articule sa stratégie d’affaires autour du développement et de la commercialisation d’une plateforme de logiciels destinés aux entreprises. ArcLogistics est en effet une application que ce géant a développée pour le marché des systèmes de chaînes logistiques. En fait, ESRI commercialise tout une gamme d’applications logicielles de type mobile, serveur, bureautique et Web qui s’intègrent parfaitement entre elles tout en interagissant avec les SIO de type Oracle, SQL Server, Informix et DB2 pour offrir une vue commune standard et centralisée du patrimoine informationnel de l’organisation et en même temps rendre celui-ci accessible aux usagers de diverses unités fonctionnelles (marketing et ventes, finance et comptabilité, fabrication et production, et ressources humaines).

 

En somme, pour le moment l’intégration de la composante spatiale dans les systèmes d’information organisationnels a déjà favorisé la floraison d’une pléthore d’applications de géolocalisation sur les plateformes web et mobile. C’est le cas des Google Earth, Microsft Virtual Earth et de nombreuses autres applications conçues pour diverses plateformes technologiques dont celles de la téléphonie intelligente (iOS et Android). Le potentiel réel des SIG illustré par ces développements très prometteurs incite aujourd’hui plusieurs organisations à essayer de tirer profit de la dimension spatiale qui est sous-jacente dans leurs données.

 

CONCLUSION

 

La limite entre les SIO et les SIG tend irréversiblement vers zéro. Il arrivera sûrement un moment où l’intégration deviendra complète. En attendant cela, l’effort d’intégration des deux systèmes ne sera pas sans heurts, puisque très souvent le personnel des départements de TI y perçoit un subterfuge pour leur déverser un surplus d’ouvrage. Or la réconciliation de ces deux extrémités du spectre des TIC est nécessaire pour garantir un mariage harmonieux entre les diverses composantes technologiques de l’organisation. Il faudra donc pour y arriver, sensibiliser/former ce personnel sur la dimension stratégique des systèmes géospatiaux.

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Références

Business Intelligence: Driving Business Value with Geographic Business Intelligence. By David Loshin. (www.knowledge-integrity.com)

Geocoding: Acquiring Location Intelligence to Make Better Business Decisions. (www.MelissaData.com)

Geolocation: Microsoft, Google in sky fight. (http://www.sfgate.com/business/article/Microsoft-Google-in-sky-fight-2620261.php)

GIS: Environmental Sciences and Resource Institute (Esri). (http://www.esri.com/products/index.html)

Lack of Location Awareness is ‘Analytical Blind Spot’ for Organisations. Written by PBBI. (http://www.directionsmag.com/pressreleases/lack-of-location-awareness-is-146analytical-blind-spot146-for-organisations/121011).

Mobile GIS: 10 Awesome GIS and Mapping apps for the iPhone. (http://www.gisuser.com/content/view/19597/28/)

Spatial Entreprise Systems: FARALLON GEOGRAPHICS INC. (http://www.fargeo.com/services/gis-it-integration)

Spatial Entreprise Systems: GDSK GEOPLATFORM. (http://www.gdsk.biz/index.htm?group=welcome)

Spatial RDBMS: A Key to Increased ROI. Pitney Bowes, MapInfo. (http://www.gisdevelopment.net/technology/lbs/techlbs004pf.htm)

Spatial RDBMS: Oracle Data Sheet – ORACLE SPATIAL 11g Release 2. Advanced Spatial Data Management for the Enterprise. (http://download.oracle.com/otndocs/products/spatial/pdf/spatial11gr2_datasheet.pdf)

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