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La publication du rapport de la Cour des comptes sur la gestion des finances publiques de 2019 à mars 2024 a révélé les dérives financières qui ont miné l’économie sénégalaise ces dernières années. Le constat est sans appel : détournements massifs, opérations douteuses, violations flagrantes des règles budgétaires et une gestion opaque ont plongé le pays dans une situation financière alarmante. Face à cette débâcle, une question s’impose : comment de telles malversations ont-elles pu perdurer aussi longtemps, et surtout, quelle est la responsabilité du Ministère des Finances et du Budget (MFB) dans ce chaos ?

En effet, l’un des éléments les plus préoccupants du rapport est l’état de la dette publique, qui atteint désormais 99,67 % du PIB. Ce seuil critique jette le Sénégal dans une précarité économique inquiétante où chaque milliard mal géré ou détourné hypothèque lourdement l’avenir des générations futures.

Dans ce contexte, la position du ministre des Finances, Cheikh Diba, ancien directeur de la programmation budgétaire sous l’ancien régime, soulève des interrogations légitimes. Comment ce ministre, issu d’un système à l’origine de cette crise, peut-il piloter les réformes nécessaires pour assainir les finances publiques ? De plus, la perception d’un conflit d’intérêts est inévitable. La question n’est pas de savoir s’il est personnellement impliqué, mais plutôt celle de la perception que renvoie son maintien à ce poste. Il ne peut être à la fois juge et partie dans cette affaire. En réalité, impliquer dans la gestion de cette crise un homme ayant été au cœur de l’appareil qui l’a engendrée envoie un message pour le moins ambigu. D’ailleurs, dans tout État soucieux de sa crédibilité, un ministre dans cette posture se récuserait pour permettre une enquête indépendante et transparente.

Cependant, au-delà de la question de la personne, ce scandale met en lumière un problème bien plus profond : le MFB lui-même. En effet, depuis des années, ce ministère se trouve au cœur de la plupart des scandales financiers et fonciers qui ont ébranlé le Sénégal. Par exemple, des affaires emblématiques comme celles de Farba Ngom, Tahirou Sarr, Mamour Diallo, Tabaski Ngom, ou encore Tahibou Ndiaye, trouvent leurs racines dans les dysfonctionnements chroniques de ce ministère et de ses puissants démembrements. Ainsi, loin d’incarner une institution de contrôle et de gestion rigoureuse, le ministère des Finances semble s’être transformé en un terrain de jeu pour des pratiques opaques et malhonnêtes, minant la confiance publique et l’économie du pays.

Pourtant, l’espoir était permis : le duo Diomaye et Sonko, forts de leur connaissance intime des rouages de cette institution, semblaient les mieux placés pour secouer et réformer en profondeur ce léviathan des finances publiques, transformé en un monstre de corruption et de gabegie. Malheureusement, la nomination d’un homme du sérail à sa tête a douché cet espoir. Difficile, en effet, d’imaginer ce dernier scier la branche sur laquelle il est assis, lui qui incarne et défend en même temps les intérêts de ses pairs énarques, comptant sur sa sensibilité corporatiste pour préserver un statu quo intolérable.

Lors de la conférence de presse tenue hier pour réagir à ce scandale, M. Diba a annoncé des « mesures fortes » de réforme des finances publiques. Cependant, si ces mesures sont nécessaires, elles restent insuffisantes. En réalité, ce n’est pas à coup de processus supplémentaires ou de mécanismes cosmétiques que la situation sera redressée, mais par une refonte totale du MFB. Une telle réforme exige une restructuration en profondeur de sa structure, de son personnel et surtout de sa culture organisationnelle, afin d’extirper les pratiques corruptrices qui y sont ancrées depuis des décennies.

En définitive, ce scandale sonne comme un signal d’alarme impossible à ignorer. Les nouvelles autorités ont désormais la responsabilité historique d’assainir cette institution et de restaurer la confiance du peuple en la gestion des finances publiques. Cette crise, aussi grave soit-elle, doit servir de catalyseur pour tourner la page sur des décennies de corruption et de mauvaise gestion, et construire un avenir où les ressources du pays serviront, enfin et pleinement, l’intérêt général.

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