Mots-clés
AgendaSénégal2050, AménagementDuTerritoire, CoordinationInstitutionnelle, GestionDeLInformation, GestionDesTerritoires, GestionFoncière, Gouvernance, PlanificationSpatiale, PolitiquesPubliques, ProfondeurStratégique, Stratégie, VisionStratégique
Depuis des décennies, le Sénégal est confronté à un mal insidieux qui touche l’ensemble de ses institutions : le déficit de profondeur stratégique. Cette carence se manifeste dans tous les domaines de la gouvernance, qu’il s’agisse des politiques publiques, de la gestion administrative ou encore de l’aménagement du territoire. Si ce phénomène touche toutes les sphères de l’État, il semble se retrouver de manière récurrente et systématique, peu importe le régime en place.
Le déficit de profondeur stratégique se révèle notamment dans la gestion des politiques publiques, comme l’illustre le cas du Plan Sénégal Émergent (PSE). Si ce dernier avait pour objectif de structurer et d’orienter le développement économique du pays, il a peiné à atteindre ses objectifs à cause de l’absence d’une planification spatiale adéquate, du manque de maîtrise du foncier et des incohérences territoriales non réglées. Ce manque d’anticipation a obligé les autorités à chercher des solutions de substitution, comme la ‘’mise à disposition accélérée du foncier’’. Ce genre de panique administrative, qui survient après-coup, démontre la faiblesse stratégique de la planification, retardant ainsi l’efficacité des actions entreprises.
Les défaillances sont également visibles dans l’organisation même des structures étatiques. En effet, des missions pourtant complémentaires sont souvent éclatées entre différents ministères ou au sein du même département ministériel, créant des doublons et des conflits d’intérêt. Ainsi, des entités censées travailler en synergie fonctionnent en silo, ce qui entraîne une gestion incohérente et coûteuse. Ce manque de coordination se reflète aussi dans la multiplication d’interventions étrangères, qui souvent ne sont ni fédératrices ni intégrées dans une vision globale du développement.
De fait, le problème de fond réside dans le manque de vision globale et de stratégies holistiques pour des enjeux essentiels tels que l’aménagement du territoire, la gestion foncière et la cohérence territoriale. Si des décisions stratégiques ne sont pas prises en amont, il devient impossible de créer un cadre de développement approprié. Cela a été particulièrement visible dans l’Acte 3 de la décentralisation et d’autres initiatives où la question du découpage territorial et de la maîtrise des limites communales n’ont pas été suffisamment prises en compte avant la mise en œuvre de politiques majeures. De même, l’absence de plans d’aménagements et de schémas directeurs sectoriels est un handicap majeur pour toute politique de développement à long terme.
Par ailleurs, si la mauvaise gestion des projets et l’inefficacité des processus administratifs sont des symptômes évidents de ce déficit stratégique, il est tout aussi alarmant de constater l’absence d’une gestion (acquisition et mise à disposition) cohérente de l’information territoriale. Par exemple, le Sénégal peine à adopter une approche systématique pour la gestion de l’information géospatiale et l’élaboration d’un cadastre universel, des outils essentiels pour garantir la stabilité foncière et la planification du territoire. Le pays vit dans une forme de précipitation où les solutions apportées sont souvent fragmentaires et disjointes, comme en témoignent les milliards investis dans la lutte contre les inondations sans stratégie d’ensemble.
Cet état de fait, qui s’étend au-delà des mandats présidentiels successifs, ne se limite pas à une question de changement de pouvoir. Le défi reste le même : comment intégrer une vision stratégique à long terme et s’assurer de sa mise en œuvre effective ? C’est dans ce contexte que la Vison Sénégal 2050, récemment adopté par les nouvelles autorités, représente une lueur d’espoir. Pour la première fois, le pays semble vouloir mettre en avant un volet fondamental : l’aménagement et le développement durable des territoires, un préalable à toute intervention sur le territoire. Cette vision, bien que salutaire, doit maintenant être traduite par des actions concrètes, soutenues par des mécanismes de mise en œuvre efficaces et une véritable coordination entre les structures étatiques.
Bref, il est désormais crucial que les leçons du passé soient tirées et que le pays s’engage résolument sur la voie d’une planification stratégique véritablement intégrée. Le Sénégal ne peut plus se permettre de gérer ses politiques publiques à coup de réactions hâtives et de solutions temporaires. L’heure est à la réflexion, à l’anticipation et à la cohérence pour poser les bases d’un développement pérenne et inclusif. A ce titre, seule une gouvernance éclairée, consciente de la nécessité d’une approche systémique, permettra de sortir de ce cycle de déficit stratégique.
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