Mots-clés
information, Investigation, Journalisme, medias, Nomination, PapeAleNiang, politique, presse, RTS
La nomination de Pape Alé Niang à la tête de la Radiodiffusion Télévision Sénégalaise (RTS) suscite encore de vifs débats, illustrant parfaitement les clivages politiques actuels. D’un côté, ses supporteurs affirment que c’est une récompense bien méritée pour ses sacrifices pour dénoncer les exactions de l’ancien régime et en faveur du PASTEF et de Ousmane Sonko, voyant dans cette nomination une revanche sur ceux qui l’ont persécuté. De l’autre côté, ses critiques arguent qu’il lui manque les qualifications nécessaires, telles que le parchemin du CESTI, et qu’il n’a pas l’envergure ni la prestance attendues pour un poste de directeur général d’une institution médiatique de premier plan. Certains dans ce dernier groupe, n’hésitent pas dans les réseaux sociaux et autres blogs, à lui coller des étiquettes peu flatteurs.
Personnellement, je considère que ce clivage exacerbé entre les deux camps est dépourvu de tout mérite et ne vaut pas la peine qu’on s’y attarde davantage. Ce qui me préoccupe réellement dans cette affaire, c’est la perception que cette nomination donne l’impression d’une récompense politique plutôt qu’une véritable reconnaissance du talent journalistique de Pape Alé Niang, connu pour sa verve, son courage et son acuité dans le journalisme d’investigation. Une telle nomination semble envoyer un message problématique aux acteurs de la presse et aux jeunes journalistes en formation : au lieu d’encourager la qualité journalistique par des distinctions honorifiques, similaires au Pulitzer aux États-Unis, on fait dans la récompense politique.
Dans une vraie démocratie, la presse est considérée comme le quatrième pilier, essentiel pour maintenir l’équilibre et le contrôle sur les trois autres branches du pouvoir. En récompensant politiquement des figures telles que Pape Alé Niang (tout comme Latif Coulibaly et Jules Diop dans l’ancien régime), ne risque-t-on pas d’envoyer le message que la réussite dans le journalisme passe plus par l’allégeance politique que par le mérite professionnel ? Cela n’affaiblit-il pas le rôle de la presse en tant que contre-pouvoir indépendant et essentiel dans la démocratie ?
Devant une telle situation, il est essentiel de rappeler l’importance de valoriser et de récompenser le journalisme d’investigation pour son rôle vital dans le renforcement de la démocratie. Si des journalistes comme Pape Alé Niang sont nécessaires dans une démocratie, leur reconnaissance ne devrait-elle pas venir de leur apport au journalisme plutôt que de leur proximité avec le pouvoir politique ?